Rejet Chambre francophone

Réparation de conteneurs pour l’AIVE : la ‘qualité et la fiabilité du service’ peut bien être un critère d’attribution, et quatre jours n’est pas manifestement irréaliste

Arrêt nr. 221281 · 7 novembre 2012 · VIe kamer

La SA Zenobe a attaqué l’attribution du marché de réparation de conteneurs de l’intercommunale wallonne AIVE au concurrent ASM par quatre moyens — confusion entre critères de sélection et d’attribution, avantage informationnel du prestataire sortant, cote inexpliquée et délai de réparation de quatre jours irréaliste — mais le Conseil d’État, statuant en extrême urgence, n’en a jugé aucun sérieux et a rejeté la demande.

Que s'est-il passé ?

Le 4 juin 2012, l’intercommunale AIVE a publié un appel d’offres général pour la réparation de conteneurs de ses parcs à conteneurs (cahier spécial des charges ‘Réparations conteneurs PAC 2013’), un marché à bordereau de prix. Quatre critères d’attribution : le prix (500 points), la réduction du délai de réparation (200), la qualité et la fiabilité du service (200, répartis entre matériel et personnel) et la qualité rédactionnelle de l’offre (100). Quatre offres ont été ouvertes le 3 août 2012 ; le 18 septembre, le conseil de secteur a attribué le marché à la SPRL ASM, décision entérinée le lendemain par le conseil d’administration. Zenobe — qui avait pourtant obtenu le maximum sur le critère de qualité (200 sur 200 contre 50 pour ASM) — a saisi le Conseil d’État. Son premier moyen, selon lequel le critère de qualité serait un critère de sélection déguisé (jurisprudence Lianakis), a échoué : le critère mesure la qualité du service offert sur la base des performances annoncées, non l’aptitude générale du soumissionnaire. Le deuxième moyen reprochait l’absence de quantités présumées au bordereau, avantageant le sortant ASM ; le Conseil a répondu sobrement que nul ne peut prévoir combien de conteneurs seront endommagés, et que l’AIVE avait communiqué à Zenobe, lors d’une réunion d’information du 27 juin 2012, le volume annuel (254 conteneurs réparés, 50 à 60 mises en peinture). Le troisième moyen visait la cote de 114 sur 200 pour le délai de 7 jours de Zenobe (ASM offrait 4 jours, valant 200 points) : le Conseil y a vu une règle de trois évidente (200 × 4/7) ne requérant pas de motivation plus étendue, et a jugé qu’un délai de réparation de quatre jours n’est pas manifestement insuffisant — une appréciation technique à laquelle il ne lui appartient pas de procéder, tandis que l’AIVE démontrait par factures que des réparations avaient régulièrement été bouclées en moins de quatre jours en 2012. Le quatrième moyen, contre la cote égale de 100 points pour la qualité rédactionnelle, confondait complétude de l’offre et présentation ou précision. Aucun moyen sérieux : rejet, avec 175 euros de dépens à charge de Zenobe. Les offres elles-mêmes sont restées confidentielles à ce stade.

Pourquoi c'est important ?

L’arrêt montre où se situe la limite de la jurisprudence Lianakis, invoquée avec empressement dans le contentieux des marchés publics : tout critère qui se réfère au personnel et au matériel n’est pas un critère d’aptitude prohibé. Ce qui est décisif, c’est de savoir si le critère mesure la qualité du service offert — ici à travers les performances annoncées du matériel et du personnel affectés au marché — ou la capacité générale de l’entreprise. Cette distinction, entre ‘ce que le soumissionnaire promet pour ce marché’ et ‘ce que le soumissionnaire sait faire en général’, reste la pierre de touche sous la législation actuelle. Tout aussi pratique est le traitement de l’avantage informationnel du prestataire sortant : cet avantage existe, mais pour un marché à bordereau dont les quantités sont par nature imprévisibles, l’adjudicateur ne doit pas couler des chiffres historiques dans le cahier des charges — une information orale lors d’une réunion d’information peut suffire à égaliser le terrain. L’arrêt enseigne en outre qu’une répartition de points selon une règle de trois évidente n’exige pas d’explication expresse dans la décision d’attribution, et que celui qui qualifie d’irréaliste le délai offert par un concurrent conteste en réalité la régularité de son offre — et doit alors le faire expressément. Le Conseil confirme enfin que les offres peuvent être soustraites à la consultation des parties au stade de l’extrême urgence.

La leçon

Pour les adjudicateurs : vous pouvez ériger la qualité du service en critère d’attribution et la mesurer au matériel et au personnel que le soumissionnaire affectera au marché — pour autant que le cahier des charges indique clairement qu’il s’agit des performances promises pour ce marché et non de la capacité générale de l’entreprise. Si vous ne pouvez estimer les quantités d’un marché à bordereau, documentez la manière dont tous les candidats ont reçu la même information ; une réunion d’information avec des volumes concrets s’est révélée précieuse ici. Pour les soumissionnaires : choisissez vos moyens stratégiquement. Qui a lui-même obtenu le maximum sur le critère contesté n’a guère d’intérêt à la critique ; qui juge irréaliste le délai du lauréat doit contester la régularité de son offre plutôt que sa seule évaluation ; et l’adjudicateur ne doit pas expliciter une règle de calcul transparente derrière les points. Enfin, n’attaquez pas seulement les cotes, mais démontrez comment une évaluation correcte aurait pu renverser le classement.

Posez-vous la question

Votre cahier des charges indique-t-il clairement qu’un critère de qualité mesure les performances pour ce marché, et non l’aptitude générale du soumissionnaire ? En tant qu’adjudicateur d’un marché à bordereau sans quantités, pouvez-vous démontrer que tous les candidats ont reçu la même information, par exemple lors d’une réunion d’information ? En tant que soumissionnaire, vérifiez-vous que le moyen que vous voulez soulever peut réellement renverser le classement — ou avez-vous précisément obtenu la meilleure cote sur le critère contesté ? Et si vous jugez irréaliste le délai ou le prix du lauréat : contestez-vous aussi expressément la régularité de son offre ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →