Annulation Chambre néerlandophone

Londerzeel attribue au soumissionnaire anormalement bas sans réellement contrôler la justification de prix — et le Conseil d'État annule

Arrêt nr. 225671 · 3 décembre 2013 · XIIe kamer

La commune de Londerzeel a attribué la transformation du presbytère de Malderen en accueil extrascolaire à De Brandt, dont l'offre de 793.000,44 euros se situait plus de 15% sous la moyenne ; parce que la commune a repris quasi mot pour mot la justification de prix demandée sans l'examiner réellement, le Conseil d'État a annulé tant l'attribution que la décision implicite de ne pas attribuer à Bouwbedrijf VMG – De Cock.

Que s'est-il passé ?

La commune de Londerzeel a lancé une adjudication publique pour des travaux au presbytère de Malderen, à agrandir et transformer en locaux d'accueil extrascolaire (cahier spécial des charges n° 2012-046, annoncé au Bulletin des Adjudications du 2 juin 2012). À l'ouverture des offres le 6 juillet 2012, cinq soumissions étaient sur la table, hors TVA : De Brandt pour 793.000,44 euros, Alpas pour 908.139,07 euros, Bouwbedrijf VMG – De Cock pour 950.000,00 euros, Hero Construct pour 992.318,31 euros et Vochten pour 1.001.060,97 euros. L'offre de De Brandt se situait plus de 15% sous la moyenne et devait donc être vérifiée quant à son caractère éventuellement anormal. Par lettre du 12 septembre 2012, l'architecte auteur de projet a demandé à De Brandt une justification de prix pour son montant total de soumission ainsi que pour une série de prix unitaires précis. Le 19 septembre 2012, De Brandt a répondu par une lettre rédigée en termes généraux — invoquant son parc de machines, la courte distance jusqu'au chantier, sa collaboration avec des sous-traitants attitrés et des remises pour paiement comptant — accompagnée d'un dossier de fiches techniques et de quelques offres de sous-traitants. Dans le rapport d'attribution du 24 septembre 2012, l'architecte a déclaré la deuxième offre la plus basse (Alpas) irrégulière pour des prix unitaires manquants et a proposé d'attribuer le marché à De Brandt ; le collège a décidé en ce sens le 1er octobre 2012. Bouwbedrijf VMG – De Cock a contesté cette attribution. Le Conseil d'État a constaté que la commune n'avait pas examiné la justification de prix avec le sérieux et le soin requis : le rapport d'attribution reprenait quasi mot pour mot la lettre de De Brandt sans discuter ni évaluer les éléments avancés. Ces éléments étaient au surplus vagues et généraux, non étayés par des pièces, et valaient tout autant pour n'importe quel soumissionnaire — le parc de machines, la proximité du chantier et les sous-traitants attitrés n'expliquaient pas concrètement comment De Brandt en particulier parvenait à un prix aussi bas, et les remises invoquées restaient une simple affirmation. Le Conseil a également rejeté l'argument selon lequel De Brandt ne devait justifier que le montant dépassant le seuil de 15% : l'article 110, § 4, de l'arrêté royal du 8 janvier 1996 vise le caractère anormal du prix de l'offre dans son ensemble, et la demande de justification elle-même parlait expressément du 'montant total de soumission'. Que le marché ait ensuite été exécuté dans les limites du budget était sans pertinence, l'exécution n'entrant en principe pas en ligne de compte pour apprécier la décision d'attribution qui la précède. La commune ne pouvait donc pas tenir l'offre de De Brandt pour suffisamment justifiée et aurait dû l'écarter comme irrégulière en vertu de l'article 110, § 4, dernier alinéa, 2°. Le Conseil a annulé la décision d'attribution du 1er octobre 2012 ainsi que la décision implicite de ne pas attribuer le marché à VMG – De Cock, et a condamné la commune aux dépens de 175 euros.

Pourquoi c'est important ?

L'arrêt précise ce qu'implique exactement le contrôle d'une offre anormalement basse. Dans une adjudication de travaux comptant au moins quatre offres, vérifier chaque soumission située plus de 15% sous la moyenne n'est pas un choix libre mais une obligation : le pouvoir adjudicateur doit soit motiver formellement le rejet de la présomption d'anormalité, soit demander une justification de prix et l'examiner réellement. C'est là l'essentiel. L'autorité dispose d'un large pouvoir d'appréciation et le Conseil d'État ne se substitue pas à elle, mais il vérifie bien si l'administration a agi avec soin. Un rapport d'attribution qui se borne à recopier la lettre de justification du soumissionnaire ne passe pas ce test : il ne démontre pas que la justification a effectivement été examinée. Pour les autorités, le message est que le prix le plus bas n'est pas un blanc-seing et qu'une offre anormalement basse exige une appréciation motivée et concrète. Pour les soumissionnaires qui manquent l'attribution de peu, l'arrêt montre que la manière dont un concurrent justifie son prix bas — et dont l'autorité la traite — est un terrain fertile pour un recours.

La leçon

Si vous êtes pouvoir adjudicateur et qu'une offre, dans une adjudication de travaux, se situe plus de 15% sous la moyenne d'au moins quatre soumissions, vous devez en vérifier le caractère anormal : soit motiver formellement le rejet de cette présomption, soit demander une justification de prix. Si vous en demandez une, examinez-la réellement — discutez concrètement les éléments avancés, vérifiez s'ils expliquent vraiment l'écart, et faites apparaître votre appréciation dans le rapport d'attribution. Un rapport qui se contente de reproduire la lettre du soumissionnaire ne suffit pas, et des atouts généraux comme un parc de machines ou un chantier proche n'expliquent pas à eux seuls un prix bas, puisqu'ils valent pour tous. Ne vous trompez pas non plus sur la portée : ce qu'il faut justifier, c'est l'entièreté du prix de l'offre, et non le seul montant dépassant le seuil de 15%. Si vous êtes soumissionnaire, il est utile de vérifier, lorsqu'une offre concurrente paraît suspectement basse, si l'autorité a pesé la justification de prix avec soin ; si cela n'a pas eu lieu de manière visible, l'attribution est vulnérable.

Posez-vous la question

Une offre se situe-t-elle plus de 15% sous la moyenne d'au moins quatre soumissions ? Alors le contrôle de son caractère anormal est obligatoire, non facultatif. Votre rapport d'attribution examine-t-il concrètement la justification de prix, ou se borne-t-il à reproduire la lettre du soumissionnaire ? Les éléments avancés expliquent-ils vraiment comment ce soumissionnaire en particulier parvient à son prix bas, ou valent-ils pour n'importe quel entrepreneur ? Le soumissionnaire justifie-t-il l'entièreté du prix de l'offre, ou seulement le montant dépassant le seuil de 15% ? Réalisez-vous que l'exécution ultérieure dans les limites du budget ne peut sauver la légalité de la décision d'attribution ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →