Annulation partielle Chambre néerlandophone

Annulation partielle de la remise en marché des concessions domaniales de Genk-Zuid : l'arrêt de la procédure est justifié, mais le nouveau volume minimal de transbordement de 20.800 tonnes par hectare n'est pas étayé

Arrêt nr. 258747 · 8 février 2024 · XIIe kamer

Le Conseil d'État annule la décision de De Vlaamse Waterweg d'organiser une nouvelle procédure d'attribution de concessions domaniales sur le site industriel de Genk-Sud avec un volume minimal annuel obligatoire de transbordement de 800 TEU ou 20.800 tonnes par hectare, estimant que le caractère réaliste de ce volume — près de quatre fois supérieur au minimum du terrain de première ligne — n'a pas été examiné, mais rejette le recours contre la décision d'arrêter la procédure initiale.

Que s'est-il passé ?

De Vlaamse Waterweg gère des terrains industriels à proximité du canal Albert et organise en 2021 une consultation de marché en vue de l'octroi de concessions domaniales sur le site industriel de Genk-Sud (ancien site Ford), réparti en cinq parcelles (A à E) pour une durée de 27 ans. Seule la parcelle C dispose d'un accès direct au canal (terrain de première ligne) ; les autres parcelles sont de seconde ligne. Le dossier de consultation précise explicitement qu'il ne s'agit pas d'un marché public mais que les principes de bonne administration, de transparence et d'égale concurrence seront respectés. Seule la parcelle C est soumise à une obligation minimale de transbordement (60.000 tonnes/an, soit 5.454 tonnes/ha) ; aucun minimum ne s'applique aux autres parcelles. Quatre critères d'évaluation sont prévus : droit de concession (30 points), garanties de transbordement par voie d'eau (50 points), business plan (10 points) et rapidité de mise en service (10 points). Onze entreprises déposent leur candidature. MG Real Estate et EUTRACO postulent pour les parcelles B et D. Un premier rapport d'évaluation du 18 mai 2022 propose d'attribuer la parcelle D aux requérantes, qui proposent un transbordement annuel moyen de 8.597 tonnes par hectare. Ce point n'est toutefois pas mis à l'ordre du jour du conseil d'administration. Un second rapport du 8 juin 2022 constate que le candidat retenu pour la parcelle C (Z) offre des volumes bien supérieurs tant au minimum imposé qu'aux volumes des autres candidats. La conclusion est que les candidatures pour les parcelles A, B et D ne garantissent pas un transbordement suffisant et qu'une nouvelle procédure avec obligation minimale s'impose. Le conseil d'administration décide le 13 juillet 2022 d'attribuer la parcelle C à Z, d'arrêter la procédure pour les autres parcelles et de lancer une nouvelle consultation avec un volume minimal de 800 TEU ou 20.800 tonnes par hectare. Les requérantes contestent les deux décisions dans un moyen unique pris de la violation du devoir de motivation matérielle et du principe de minutie. Quant à la première décision (arrêt de la procédure pour la parcelle D), le Conseil juge le motif pertinent : viser des tonnages plus élevés vu la rareté des terrains liés à la voie d'eau. Le recours est rejeté sur ce point. Quant à la seconde décision (nouvelle consultation avec minimum de 20.800 tonnes/ha), le Conseil constate que les requérantes rendent vraisemblable qu'il n'existe pas de lien entre l'imposition ou non d'un minimum dans la première procédure et le niveau des tonnages proposés. Le minimum de 20.800 tonnes/ha est près de quatre fois supérieur au minimum de la parcelle C de première ligne (5.454 tonnes/ha). La partie adverse ne conteste pas n'avoir pas examiné le caractère réaliste de ce volume. Sa référence au mécanisme de sanction contractuel confirme plutôt la suggestion que les volumes proposés par Z pour la parcelle C pourraient être spéculatifs. Le moyen est fondé dans cette mesure. Le Conseil annule la décision de remise en marché avec minimum de 800 TEU/20.800 tonnes/ha pour les parcelles B et D, et rejette le recours pour le surplus.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt montre que les principes de motivation matérielle et de minutie s'appliquent également en dehors du domaine des marchés publics lorsqu'une autorité octroie des droits concessionnels ou relance des procédures. Le Conseil d'État admet que De Vlaamse Waterweg peut revoir ses ambitions et arrêter une procédure en cours pour viser des volumes de transbordement plus élevés — cela relève de son pouvoir discrétionnaire. Mais lorsqu'elle lance une nouvelle procédure avec un volume minimal près de quatre fois supérieur au minimum précédent, elle doit étayer en quoi ce volume est réalisable et réaliste, en particulier pour des parcelles moins bien situées. Se référer aux volumes exceptionnellement élevés d'un seul candidat pour une parcelle différente et mieux située ne suffit pas — surtout lorsque le caractère spéculatif de ces volumes ne peut être exclu.

La leçon

En tant qu'autorité octroyant des concessions domaniales : arrêter une procédure pour viser plus haut est admissible, mais imposer un minimum qui s'écarte drastiquement des benchmarks antérieurs exige une justification solide. Ne fondez pas vos volumes minimaux uniquement sur les propositions atypiques d'un seul candidat pour une autre parcelle mieux située, sans examiner si ces volumes sont réalistes. Un mécanisme de sanction contractuel ne remplace pas un examen préalable du réalisme — au contraire, il peut confirmer la suggestion d'enchères spéculatives.

Posez-vous la question

Si j'arrête une procédure pour la relancer avec des conditions plus strictes : puis-je étayer le caractère réalisable et réaliste des nouvelles exigences minimales ? Me base-je sur des données représentatives ou sur une proposition atypique d'un seul candidat ? Ai-je examiné si les volumes proposés lors du premier tour — que j'utilise désormais comme référence — sont réalistes ou potentiellement spéculatifs ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →