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La Région retire le marché de dispatching radio suspendu : le Conseil constate que le recours est sans objet — mais condamne la Région

Arrêt nr. 266680 · 13 mai 2026 · VIe kamer

Après que le Conseil d’État avait déjà suspendu, en extrême urgence, l’attribution du marché ‘Exploitation 24/7 du dispatching radio de Bruxelles Mobilité’ à Lombardi Belgium (2.013.950,18 euros TVAC), la Région de Bruxelles-Capitale a retiré cette décision d’attribution ; le recours en annulation de Sophia Group a ainsi perdu son objet, mais parce qu’un retrait équivaut à une annulation déguisée, la Région est la partie succombante et doit supporter l’indemnité de procédure et les dépens.

Que s'est-il passé ?

Par une décision du 15 juillet 2025, approuvée le 18 juillet 2025, la Région de Bruxelles-Capitale a attribué le marché public de services ‘Exploitation 24/7 du dispatching radio de Bruxelles Mobilité’ à Lombardi Belgium pour 2.013.950,18 euros TVA comprise. Sophia Group, soumissionnaire évincé, a introduit un recours et demandé la suspension en extrême urgence. Par l’arrêt n° 264.175 du 16 septembre 2025, le Conseil d’État a accueilli l’intervention de Lombardi Belgium et suspendu l’exécution de la décision d’attribution en extrême urgence. L’affaire a ensuite pris un tour qui a rendu le débat de fond inutile. Le 14 novembre 2025, la Région a elle-même retiré l’attribution attaquée. Elle a notifié ce retrait à tous les soumissionnaires par courriels et courriers recommandés du 18 novembre 2025, en mentionnant les voies de recours ainsi que les formes et délais à respecter. Aucun soumissionnaire n’a demandé l’annulation de la décision de retrait dans le délai prescrit. Le Conseil en a déduit que le retrait était devenu définitif, de sorte que le recours avait perdu son objet ; les conclusions du rapport de l’auditeur pouvaient être suivies. Sur les dépens, le Conseil a jugé que la disparition de l’acte attaqué, conséquence de son retrait, constitue une forme de succédané d’une annulation contentieuse : au sens de l’article 30/1 des lois coordonnées sur le Conseil d’État, la partie adverse doit alors être considérée comme la partie succombante et la partie requérante comme celle ayant obtenu gain de cause. Le Conseil a dès lors décidé qu’il n’y avait plus lieu de statuer sur le recours lui-même, et a mis les dépens à charge de la Région : le droit de rôle de 400 euros, les contributions de 52 euros et l’indemnité de procédure de 770 euros accordée à Sophia Group. La partie intervenante, Lombardi Belgium, ne supporte que le droit de 150 euros lié à son intervention.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt montre combien la suspension d’extrême urgence est décisive dans le contentieux des marchés publics, et comment un soumissionnaire évincé peut compter une apparente déception — un recours déclaré ‘sans objet’ — comme une victoire malgré tout. Qui obtient la suspension d’une attribution place souvent le pouvoir adjudicateur devant un choix : poursuivre le combat, ou retirer sa propre décision et recommencer la procédure. Si l’autorité opte pour le retrait, le débat de fond disparaît et le Conseil ne statue plus sur le fond. Cela ressemble à un résultat indécis, mais juridiquement il n’en est rien : le Conseil traite le retrait comme une annulation déguisée, de sorte que l’autorité qui retire est la partie succombante et que le requérant a droit à son indemnité de procédure et à ses dépens. Deux points pratiques ressortent. D’abord, le retrait ne devient définitif — et l’affaire véritablement close — qu’une fois que personne ne le conteste dans le délai ; le Conseil le vérifie expressément. Ensuite, le bénéficiaire intervenant ne supporte pas l’ensemble des dépens, mais seulement son propre droit d’intervention. Pour l’autorité, le message est que le retrait est une issue légitime — la procédure peut être recommencée — mais que cette issue emporte les conséquences en dépens d’une défaite.

La leçon

En tant que soumissionnaire évincé, contestez l’attribution par la voie de la suspension d’extrême urgence : c’est le levier. Si vous obtenez la suspension et que l’autorité retire ensuite sa décision, n’abandonnez pas le recours en pensant qu’il n’y a plus rien à gagner. Réclamez expressément votre indemnité de procédure (ici 770 euros) et vos dépens, car le Conseil traite le retrait comme une annulation déguisée en votre faveur. Vérifiez aussi que le retrait a été correctement notifié à tous les soumissionnaires, avec les voies de recours et les délais — c’est ce qui le rend définitif. En tant qu’autorité, le message inverse est : retirer une attribution contestée est un moyen valable de corriger une erreur de procédure et de recommencer le marché, mais attendez-vous à supporter les dépens et l’indemnité de procédure en tant que partie succombante, même sans décision sur le fond. Le bénéficiaire intervenant ne paie que son propre droit d’intervention.

Posez-vous la question

Après une attribution suspendue, avez-vous correctement évalué ce qu’un retrait par l’autorité signifie pour vous — à savoir que votre recours devient sans objet, mais qu’en tant que partie ayant gain de cause vous pouvez récupérer votre indemnité de procédure et vos dépens ? Savez-vous que le retrait ne devient définitif qu’une fois que personne ne le conteste dans le délai, et que l’autorité doit le notifier aux soumissionnaires en mentionnant les voies de recours, les formes et les délais ? Et en tant qu’autorité : réalisez-vous que retirer une attribution contestée vous laisse, malgré l’absence de décision sur le fond, supporter les dépens et l’indemnité de procédure en tant que partie succombante, tandis que le bénéficiaire intervenant ne supporte que son propre droit d’intervention ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →