Suspension Chambre néerlandophone

Le Conseil d'État suspend l'attribution d'un marché de remplacement de châssis en bois dans une école bruxelloise en raison d'une référence hors délai de cinq ans et d'une vérification des prix insuffisante

Arrêt nr. 259829 · 23 mai 2024 · XIIe kamer

Le Conseil d'État a suspendu en extrême urgence l'attribution par la Ville de Bruxelles d'un marché de remplacement de châssis en bois (fenêtres et portes) à l'école Reine Astrid, parce que le soumissionnaire retenu avait présenté une référence en dehors de la période de cinq ans requise par le cahier des charges et que la vérification générale des prix n'était pas étayée par des motifs sérieux et diligents.

Que s'est-il passé ?

La Ville de Bruxelles a lancé un marché public de travaux par procédure ouverte pour le remplacement de châssis en bois (fenêtres et portes) à l'école Reine Astrid, estimé à 2.380.724 euros HTVA. Deux offres ont été déposées : la bv J.D.W. pour 1.495.520,89 euros et la combinaison Wycor-Fabribois pour 2.406.050,50 euros. Le cahier des charges exigeait deux références de travaux similaires d'un minimum de 750.000 euros chacun, exécutés au cours des cinq dernières années, avec mention des dates de début et de fin des travaux. Le prix était le seul critère d'attribution. Le collège des bourgmestre et échevins a attribué le marché à J.D.W. le 5 octobre 2023. Le 24 novembre 2023, le ministre bruxellois compétent pour les pouvoirs locaux, agissant en tant qu'autorité de tutelle, a suspendu la décision d'attribution, constatant une motivation insuffisante de la sélection, une référence datant de six ans au lieu de cinq, une vérification des prix imprécise et une violation du principe de transparence. La Ville a maintenu l'attribution le 5 janvier 2024 avec une motivation élargie, arguant que la période de référence de cinq ans devait être calculée à partir de la date de réception définitive (26 août 2019) et non de la date de fin des travaux (2017), et que la vérification des prix reposait sur une comparaison avec le bordereau de prix de l'UPA et les prix de son entrepreneur annuel. Wycor et Fabribois ont introduit une demande de suspension en extrême urgence le 24 avril 2024. Le Conseil d'État a jugé le premier moyen sérieux : le cahier des charges demandait expressément les dates de début et de fin des travaux, non la date de réception définitive. Une référence avec comme date de fin 2017 tombait en dehors de la période de cinq ans. En acceptant cette référence, la Ville a agi en contradiction avec son propre cahier des charges et le principe patere legem quam ipse fecisti. Le troisième moyen était également sérieux : la vérification générale des prix n'était pas étayée par des motifs sérieux. Le prix total de J.D.W. était inférieur de 37 % à l'estimation et de 38 % à celui de Wycor-Fabribois. La comparaison avec le bordereau de prix de l'UPA n'était pas pertinente car celui-ci ne contenait que des prix pour le meranti et non pour le bois d'afzelia requis par le cahier des charges. Un rapport technique d'un partenaire externe, daté d'après les décisions contestées, constituait une motivation post factum inadmissible. Le Conseil d'État a ordonné la suspension de l'exécution des deux décisions d'attribution.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt illustre deux pièges fréquents en matière de marchés publics. Premièrement, lorsque le cahier des charges définit la période de référence par les dates de début et de fin des travaux, le pouvoir adjudicateur ne peut pas la réinterpréter unilatéralement comme la date de réception définitive, sous peine de violer le principe patere legem quam ipse fecisti. Deuxièmement, une vérification sommaire des prix mentionnant simplement que les prix semblent corrects ne suffit pas lorsque le prix total est inférieur de plus de 37 % à l'estimation. Le pouvoir adjudicateur doit dissiper le soupçon qu'un tel écart de prix devrait raisonnablement susciter, soit par un examen approfondi de l'offre, soit par une motivation substantielle détaillée.

La leçon

Respectez la période de référence telle que définie par le cahier des charges — si celui-ci demande les dates de début et de fin des travaux, c'est la mesure, et non la date de réception définitive. Étayez la vérification des prix avec des données comparatives pertinentes : une comparaison avec des prix standard pour une essence de bois différente de celle requise par le cahier des charges n'est pas convaincante. Un écart de prix de plus de 37 % par rapport à l'estimation nécessite plus qu'un simple constat que les prix semblent corrects.

Posez-vous la question

En tant que pouvoir adjudicateur : ai-je évalué la période de référence sur la base des critères définis dans mon cahier des charges, ou ai-je appliqué ma propre interprétation qui ne découle pas des documents du marché ? Et en cas d'écarts de prix importants : ai-je mené une vérification des prix étayée avec des données comparatives réellement pertinentes pour le marché spécifique ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →