Rejet Chambre néerlandophone

Rejet de la demande de suspension contre l'exclusion de l'offre pour fontaines à eau : proposer uniquement des cartouches CO2 de 2 kg pour les postes exigeant 'environ 4 kg' est substantiellement irrégulier — interprétation a contrario de la clause de tolérance rejetée

Arrêt nr. 264748 · 4 novembre 2025 · XIVe kamer

Le Conseil d'État a rejeté la demande de suspension de la BV L. contre l'attribution par la Ville d'Anvers du contrat-cadre pour la location et l'entretien de fontaines à eau potable à la NV C., parce que l'exclusion de l'offre de la BV L. comme substantiellement irrégulière était justifiée : elle n'avait proposé que des cartouches CO2 de 2 kg pour les postes exigeant 'environ 4 kg' sur base de considérations de sécurité propres, et son interprétation a contrario de la clause de tolérance — selon laquelle une cartouche de 2 kg satisferait à l'exigence de 4 kg — ne correspondait pas aux spécifications lues dans leur ensemble.

Que s'est-il passé ?

La Ville d'Anvers a lancé une procédure ouverte pour un contrat-cadre de 72 mois pour la location et l'entretien de fontaines à eau potable, avec le prix (75 points) et la durabilité/RSE (25 points) comme critères d'attribution. Le cahier des charges exigeait deux formats de cartouches CO2 par type de fontaine : environ 2 kg (postes 11, 13, 15, 17) et environ 4 kg (postes 12, 14, 16, 18). Une clause de tolérance précisait que les écarts de plus de 100% du volume demandé seraient considérés comme non conformes. La BV L. n'a proposé que des cartouches de 2 kg pour tous les postes, invoquant des considérations de sécurité liées au stockage de CO2 en intérieur. Son offre a été déclarée substantiellement irrégulière. Le Conseil a rejeté son argument a contrario selon lequel une tolérance de 100% signifierait qu'une cartouche de 2 kg satisfait à l'exigence d'environ 4 kg : les spécifications lues dans leur ensemble exigeaient clairement deux volumes différents. L'objectif — durabilité et efficacité en fonction des localisations — était compréhensible. Le choix de la BV L. de n'offrir qu'un seul volume était sa propre décision basée sur la sécurité. Son deuxième moyen contestant les spécifications comme référence interdite à un type de produit (article 53 §4) et comme barrière injustifiée (article 53 §2) a également échoué. Le troisième moyen sur la comparabilité des prix a été rejeté pour défaut d'intérêt. L'intervention de la NV C. a été rejetée pour paiement tardif des droits de greffe.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt illustre qu'une clause de tolérance dans les spécifications techniques ne peut être lue a contrario pour contourner une exigence fondamentale. Lorsque les spécifications exigent clairement deux variantes de produit à travers plusieurs dispositions, un soumissionnaire ne peut se retrancher derrière une clause de tolérance pour n'offrir qu'une seule variante. L'arrêt confirme aussi que spécifier des volumes de consommables pour différents scénarios d'utilisation ne constitue pas une référence interdite à un type de produit au sens de l'article 53 §4.

La leçon

En tant que soumissionnaire : lisez toujours les spécifications techniques en conjonction avec l'ensemble des documents du marché. Une clause de tolérance permettant des écarts jusqu'à un certain pourcentage autorise la variation au sein d'une catégorie demandée — pas l'élimination d'une catégorie entière. Lorsque les spécifications exigent deux variantes, proposez les deux. En tant que pouvoir adjudicateur : rédigez les clauses de tolérance avec soin pour empêcher un abus a contrario.

Posez-vous la question

En tant que soumissionnaire : avez-vous proposé toutes les variantes de produit demandées ? Avez-vous interprété une clause de tolérance trop largement pour éviter une catégorie entière ? En tant que pouvoir adjudicateur : vos clauses de tolérance sont-elles suffisamment claires pour empêcher un abus a contrario ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →