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Marché d’archivage et de numérisation : aucun recours en annulation ne suit la suspension d’extrême urgence, le Conseil la lève — l’État belge supporte les dépens, l’intervenante son propre droit

Arrêt nr. 266597 · 6 mai 2026 · XIVe kamer

Le Conseil d’État avait suspendu, en extrême urgence, l’attribution à des tiers de l’accord-cadre pour l’archivage et la numérisation de dossiers papier (CAD/2024/ARCHIEF) ; lorsque le soumissionnaire évincé Y. n’a ensuite introduit aucune requête en annulation, le Conseil a dû lever la suspension en vertu de l’article 17, § 8, alinéa 4, de ses lois coordonnées, condamnant l’État belge aux dépens de la demande de suspension tandis que la partie intervenante ne supportait que son droit d’intervention de 150 euros.

Que s'est-il passé ?

La Vice-Première Ministre et Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique a décidé d’attribuer à des tiers le marché pour la conclusion de l’‘accord-cadre relatif à l’archivage et à la numérisation de dossiers papier’ (CAD/2024/ARCHIEF). Y., assisté des avocats Barteld Schutyser et Gauthier Vlassenbroeck, a demandé le 18 novembre 2025 la suspension de l’exécution de cette décision en extrême urgence. Par l’arrêt n° 265.208 du 16 décembre 2025, le Conseil d’État a fait droit à la demande : il a suspendu la décision attaquée et admis l’intervention de M. Puis plus rien. L’article 17, § 8, alinéa 4, des lois coordonnées sur le Conseil d’État oblige la partie requérante, après une suspension d’extrême urgence, à introduire encore une requête en annulation ; à défaut, le Conseil doit lever la suspension qu’il a ordonnée. Y. n’a introduit aucun recours en annulation. Le Conseil l’a constaté et a levé la suspension ordonnée par l’arrêt n° 265.208. Sur les dépens, il a jugé que l’État belge, partie adverse, était condamné aux dépens de la demande de suspension : un droit de rôle de 200 euros, une contribution de 26 euros et une indemnité de procédure de 770 euros, dus à Y. La partie intervenante M. a été condamnée aux dépens de son intervention, fixés à un droit de rôle de 150 euros. L’affaire a été traitée sans audience publique et prise en délibéré le 22 avril 2026.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt est le reflet inversé d’une victoire d’extrême urgence non poursuivie. Le soumissionnaire avait déjà franchi l’obstacle le plus difficile — la suspension d’extrême urgence, aux conditions exigeantes de recevabilité et d’urgence — mais a ensuite laissé expirer le délai du recours en annulation. La conséquence est implacable : l’article 17, § 8, alinéa 4, oblige le Conseil à lever la suspension, sans nouvelle appréciation au fond. Le soumissionnaire ne finit pourtant pas les mains vides. Parce qu’il a obtenu la suspension, l’État belge reste la partie succombante et supporte l’indemnité de procédure et les dépens ; le bénéficiaire intervenu ne paie que le droit lié à son intervention. L’arrêt illustre aussi la répartition tripartite des dépens qui revient dans ce type d’affaires : le requérant récupère, l’autorité paie, et la partie intervenante supporte son propre droit d’intervention. Le message pratique est double : surveillez le délai du recours en annulation, et sachez qu’une suspension levée ne renverse pas la balance des dépens.

La leçon

Si, en tant que soumissionnaire, vous obtenez une suspension en extrême urgence, planifiez aussitôt la suite : introduisez une requête en annulation dans le délai si vous voulez écarter définitivement l’attribution. Laissez ce délai s’écouler et le Conseil lève la suspension d’office — une obligation, non une défaite au fond. Votre indemnité de procédure subsiste néanmoins : parce que vous avez remporté la suspension, l’autorité reste la partie succombante. En tant qu’autorité, cet arrêt montre qu’une attribution suspendue fait de vous la partie succombante sur les dépens, même si le soumissionnaire ne poursuit pas le recours en annulation. Et en tant que bénéficiaire intervenant, gardez à l’esprit que vous supportez le droit d’intervention de 150 euros en toute hypothèse, quel que soit le dénouement.

Posez-vous la question

Après votre suspension d’extrême urgence, avez-vous inscrit à l’agenda le délai du recours en annulation, afin que la suspension ne soit pas levée d’office ? Savez-vous que la levée de la suspension est une obligation légale pour le Conseil et n’implique pas un nouvel examen au fond ? Réalisez-vous que, malgré la levée, vous récupérez votre indemnité de procédure de 770 euros en tant que partie ayant gain de cause ? En tant que bénéficiaire intervenant : tenez-vous compte du fait que vous supportez le droit d’intervention de 150 euros en toute hypothèse ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →